Communication du Dr Fred Fliege, Psychologue, psychanalyste

A propos de l’exposition « L’Heure du thé », le vendredi 17 avril 2015 à 19H15, de Françoise Dexmier chez Pep Torrents, dans sa galerie d’art Miliou.cat, Place Picasso à Céret (66).

 

Communication du 17-04-2015

 

Dr Fred Fliege, Psychologue, psychanalyste

 

(A propos de l’intervenant : En sa fonction de bénévole au sein de l’association SOS-PSY, le Dr Fliege est amené à prendre en charge, au quotidien, des SDF et autres sans papiers, en grande détresse matérielle et psychique. Ses interventions auprès de ce public défavorisé se déroulent généralement ‘in situ’, c’est-à-dire dans la rue ou dans des squats.

Il rencontre aussi beaucoup d’adolescents qui se plaignent d’être « mis au ban de la société », d’être « bâillonnés », de « ne disposer d’aucune plateforme pour exprimer leur malaise ».

Beaucoup d’entre eux participent à des courants anticonformistes, tels la Rave ou le « Gangster-Rap », et pratiquent des « free-parties ».

Certains de ces mouvements entretiennent des alliances, plus ou moins explicites, avec la gauche ou la droite extraparlementaires. D’autres ont même été infiltrés par des partisans du djihad.

Au cours de ses interventions, il constate que nombre de ces groupements attribuent leurs activités, de la consommation de substances illicites jusqu’au militantisme violent, à « l’impossibilité de se faire entendre » ou à « l’indifférence générale dont ils faisaient l’objet ».

Il est souvent appelé afin d’intervenir lors de décompensations psychopathologiques, ou pour diriger des médiations en situation de conflit familial, interindividuel ou intercommunautaire.

Enfin, il réalise ses interventions auprès des patients les plus marginalisés, au sein de leurs repaires respectifs dont ils tiennent, pour des raisons évidentes, à garder secret l’emplacement.=

Exposé

A propos de l’exposition « l’heure du thé » de Françoise Dexmier chez Pep, dans sa galerie d’art Miliou.cat, Place Picasso à Céret

Le concept qui sous-tend ces tableaux – réalisés avec des sachets de thé dépliés, collés et teintés – comporte une importante contrepartie interculturelle. Il me paraît foncièrement basé sur les idées, intimement liées, de transmission, d’échange et de partage.

Ces œuvres me semblent d’ailleurs véhiculer, en elles-mêmes, la notion de transmission : D’abord par le biais de leur support original, lequel renvoie à une tradition mauritanienne ancestrale, liée à l’hospitalité et la convivialité, c’est-à-dire à l’accueil de l’autre ; Puis, en laissant entrevoir les traces de l’acte créateur et de son déroulement spatio-temporel ; mais aussi à travers la contribution de la ‘chaîne humaine’ qui – de la Mauritanie en passant par le Maroc et jusqu’en France – a participé à collecter ces sachets.

Cependant, la découverte de ces toiles nous fournit aussi une belle occasion d’échanger et de partager. Elle a été rendu possible par l’esprit engagé et fraternel de l’artiste elle-même ; par Pep le galeriste qui ne ménage aucun effort pour tisser du lien social constructif ; par Jo Falieu, poète de haut vol – aussi talentueux que sensible et audacieux –, et authentique philosophe, c’est-à-dire dans le sens premier du terme ; Michèle Bayar, auteure de livres qui rendent à la prose ses titres de noblesse (J’aimerais ici citer ce qu’elle dit à propos de sa conception de l’écriture, pour Michèle, il s’agit de « grandir avec elle, cueillir ses mots pour mieux déchiffrer le monde à chaque saison de la vie ; et toujours, explorer les sous-sols de l’imaginaire en quête d’un gisement de sens soudain qui la projettera dans l’émerveillement d’un monde tissé d’émotions et de mystère. Le mot imaginaire comprend le mot image et le mot magie ! ») ; Christian Belhomme, créateur de musiques proprement enivrantes ; et bien d’autres dont je n’ai pas encore eu l’occasion de faire connaissance.

J’aimerais maintenant vous faire part de quelques-unes parmi les réflexions que m’a inspiré la communication de Jo Falieu : Tout d’abord, si, selon Sartre, ‘l’enfer, c’est les autres’, Lacan explique que ‘L’ics c’est le discours de l’Autre’. Puis, pour prolonger les conceptions méta-poétiques de Jo Falieu à propos de la représentation rimbaldienne de l’enfer, on peut d’ores et déjà mentionner la figure emblématique du diable, et indiquer que le terme de ‘diable’ trouve sa source étymologique dans le mot grec dia-bolos : ce qui délie.

Le poète a toujours raison, dit-on, et, à mon avis, à juste titre. Car, tout d’abord, le poète ne se revendique que de lui-même. Il formule une vérité radicalement subjective qui – de ce seul fait, c’est-à-dire n’étant mesurable qu’à l’égard de l’intention de celui qui l’énonce – recèle quelque chose d’absolu, d’irréfutable. Mais, il y a une deuxième raison à la véracité inhérente à son propos, et c’est là peut-être l’essentiel, c’est qu’il n’est ni dans l’approximation, ni dans le discours savant, ni dans la quête obséquieuse de l’approbation générale.

Ses dires ont donc toutes chances de se trouver en adéquation avec son propre désir et son propre inconscient ; et, j’ajouterai, à condition que son public soit sensible aux effets du signifiant, avec l’inconscient collectif.

Et, j’ose affirmer que l’inconscient comporte, en soi, un important aspect collectif.

Pour illustrer que le langage nous vient de l’Autre, on peut prendre un exemple de la vie quotidienne. Ainsi, afin de communiquer, nous nous servons d’une langue (tel le français) – qu’aucun d’entre nous n’a inventée pour l’occasion, mais qui nous a été transmise par notre entourage familial, culturel et social, donc par autrui.

D’autre part, la pratique du psychologue permet de vérifier, au jour le jour, la pertinence de l’assertion lacanienne selon laquelle l’inconscient est structuré comme un langage, et aussi que l’inconscient, c’est le discours de l’Autre.

C’est comme cela qu’il faut entendre l’affirmation de Lacan qui, s’inscrivant en faux contre Descartes, dit : « Là où je pense, je ne suis pas ».

Lors des cures de sujets psychotiques – chez qui l’inconscient est assez accessible – on constate que les hallucinations se présentent généralement sous une forme idéo-verbale (ce qu’on appelle la présentification de l’objet vocal). Et quand la formation idéo-verbale prend une forme impersonnelle, comme insubordonnée à l’emprise du moi, on peut dire qu’il s’agit là d’une actualisation de l’Autre.

Et, lorsqu’on subit sans cesse l’allocution interminable et décousue de l’Autre (l’Autre maternel, non castré), la vie peut se transformer en enfer.

Cependant, pour être plus ou moins en accord avec lui-même, et parvenir à un certain degré de bien-être (la ‘santé mentale’), l’être humain ne peut se passer du concours de l’autre (la mère qui absorbe les angoisses du tout petit en le berçant, et en mettant des mots apaisants sur ses propres absences).

Dans un deuxième temps, et afin d’accéder à sa place de sujet, l’individu devra entériner la perte de cet Autre archaïque, c’est-à-dire la séparation d’avec la mère. C’est la métaphore paternelle qui lui permettra de ratifier ce manque, lequel le fondera comme sujet désirant.

Mais, l’instauration du père symbolique a plusieurs conditions : 1. L’enfant doit réaliser qu’il ne représente pas l’unique objet du désir maternel, mais qu’il y a un troisième larron, généralement le père. 2. De plus, le petit d’homme devra percevoir que la mère fait un cas de la parole du père. 3. Du côté de la figure paternelle, on peut parler d’un véritable triptyque paternel, lequel suppose idéalement que le père pose, à l’enfant, des limites tout en lui montrant son amour et sa reconnaissance (en le considérant comme un sujet différent de lui).

Si ces deux étapes de la constitution du sujet ne se déroulent pas de manière satisfaisante, il existe, fort heureusement, d’autres voies pour amener le sujet vers un équilibre psychique, c’est-à-dire pour lui offrir l’accès à l’ordre symbolique.

Il faut néanmoins admettre que ces solutions ‘alternatives’ (de rechange) ne semblent guère opérer que dans des sociétés ‘traditionnelles’, collectivistes (dicton africain : ‘Il faut tout un village pour élever un enfant’). Car, elles sont basées sur des procédures spéculaires (miroir), et supposent le soutien affectif de la part du semblable (objet a). Cet apport ‘objectal’, et certes largement imaginaire, conduit d’abord à la mise en place d’un sentiment d’identité chez l’individu, puis, il lui permet d’intégrer progressivement le signifiant. Ainsi, sur le plan topologique, la loi des frères, avec ses préceptes éthiques, même rudimentaires, peut occuper un statut psychique équivalent à celui de la Loi du Père.

En revanche, dans nos sociétés post-modernes et atomisées, où ce petit autre n’est plus au rendez-vous, l’individu – dépourvu de repères initiaux, structurants et solides – risque de se replier dans une position d’objet (névrotique, narcissique ou psychotique).

Affectivement dissocié de ses semblables, il se trouve alors dans un espace que je désignerai métaphoriquement comme infernal ou diabolique.

La diabole (du grec diabolos) définit ce qui divise, ce qui délie.

Et, le seul antidote, connu à ce jour, à l’encontre d’un tel repli pathologique relève du symbole (du grec sumbolon : ce qui  met ensemble, ce qui fait lien).

Du reste, la démarche psychoclinique, qui repose sur le recours à la parole, consiste à amener le sujet à s’affranchir de ce genre de positionnement problématique.

Le travail psychologique vise à permettre au patient de se réapproprier symboliquement sa propre histoire, de lier son vécu douloureux à des mots – lesquels en absorberont la charge pulsionnelle et anxiogène.

Mais, voilà un paradoxe : Alors que le patient sait tout (ce qui le concerne), il ne peut accéder à ce savoir que par un autre (en l’occurrence le psychologue), auquel il adressera sa parole.

Cependant, il ne s’agit pas, pour le thérapeute d’adapter son patient à une quelconque norme, mais de devenir le sujet de ses symptômes (dont il pourra garder ce qui lui paraît appréciable), bref de recouvrir une position d’agent ou de sujet, et de découvrir ce qui constitue son désir.

PS : A propos de la gangrène au genou qui a provoqué la mort de Rimbaud ; il existe un texte de Rimbaud où l’on trouve une vingtaine d’allusions à son père (mort d’un cancer au genou), et au terme de ‘genou’ – dont le signifiant sonore n’est pas sans évoquer, dans le contexte de la relation au père, le « je » et le « nous ».

[Thèmes de recherches en cours, au sein du CEPPA)

  1. Notre relation à l’autre est déterminée par une infinité de facteurs, dont l’un des plus fondamentaux est lié à la place du père. A titre d’exemple, j’aimerais citer l’exemple biblique de Caïn et Abel. Dieu refuse l’offrande du premier (l’aîné) alors qu’il accepte celle du second. Au lieu de s’insurger contre la figure divine (paternelle et taboue), Caïn s’en prend à son rival, et le tue. Loin de le punir, Dieu lui imprègne une marque sur le front –qui le désigne comme son protégé, intouchable –, et lui octroie le statut du fondateur de l’humanité.

Autrement dit, le fondement mythique de l’humanité repose sur le fratricide, ainsi qu’à la soumission inconditionnelle à la volonté, aussi arbitraire soit-elle, du père (Dieu).

D’où, peut-être la facilité (la recevabilité psychique) de la haine de l’autre, du frère, et le succès de l’extrême-droite et du racisme, qui dépasse de très loin celui de l’anarchisme (qui implique une révolte, non pas contre le semblable, mais contre l’autorité suprême, arbitraire et potentiellement injuste).

  1. Dans l’Ancien Testament le peuple juif est désigné en tant que peuple élu. Cependant, non seulement, les juifs ont repris à leur compte cette assertion, mais les autres, en particulier les chrétiens et les musulmans, y croient aussi. Et, au lieu de blâmer Dieu pour avoir accordé sa préférence à une population, au détriment des autres, les Goïs se retournent contre les juifs.

On peut y voir l’une des premières sources de la haine des juifs, et de leur persécution systématique jusqu’à ce jour (point culminant tragique dans l’Holocauste) par les autres peuples.]

16 comments on “Communication du Dr Fred Fliege, Psychologue, psychanalysteAdd yours →

    1. Merci beaucoup pour votre commentaire encourageant D ailleurs le CEPPA se propose d élargir son champ d’action, notamment à la psychologie sociale et l investigation active (à l’instar des anthropologues), en commençant par le lien social. Tout de bon a Vous!

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