Les syndromes de destinée

Les résultats de cette investigation tendent à établir que la causalité des syndromes de destinée est à rechercher d’abord dans la stase du sujet en un espace psychique archaïque, dominé par la violence ou l’ambivalence maternelles. Le trait central de ces symptômes consiste en une subordination du sujet au bon vouloir de l’Autre. Quant à sa signification subjective, cette conduite résignée et soumise semble revêtir une fonction réparatrice et incarner une valeur, imaginaire, de monnaie d’échange, en tant que prix à payer pour susciter la bienveillance d’autrui. Ces formations symptomatiques auraient pour but inconscient d’inverser la courbe du destin, mais, in fine, elles s’avèrent produire exactement l’effet inverse.

Dr Fred Fliege, 2017

Les syndromes de destinée – Présentation

Si certains auteurs n’hésitent pas à réduire l’étiologie des syndromes de destinée à une origine masochiste, en revanche, les résultats de cette recherche tendent à établir que la causalité psychique de ces manifestations pathologiques est à situer plutôt dans la stase du sujet en un espace archaïque non métaphorisé, et dominé par la violence et/ou l’ambivalence maternelles.

Le trait central de ces manifestations symptomales consiste en une subordination systématique du sujet au bon vouloir de l’Autre. Quant à sa signification subjective, cette conduite résignée et soumise – aux allures du ‘bateau ivre’ et inadaptée à la réalité humaine – semble revêtir une fonction réparatrice et incarner une valeur de ‘monnaie d’échange’, en tant que prix à payer pour susciter la bienveillance d’autrui.

Autrement dit, ces formations symptomatiques auraient pour but inconscient d’inverser la courbe du destin, mais, in fine, elles s’avèrent produire exactement l’effet inverse.

 

Entraînant la répétition compulsive d’échecs, tout au long de l’existence de ces personnes – ces syndromes puisent leurs sources dans une quête incessante de réparation, ce qui se traduit d’abord par le choix de leurs fréquentations, et, en particulier, par celui du partenaire – dont les traits de caractère font souvent écho précisément à ce qu’il s’agit de ‘réparer’, mais aussi à ce dont il faudra se séparer.

On assiste alors, de façon quasi inéluctable, à une réactualisation des problématiques de la maltraitance et de la haine, déclenchée par la confrontation douloureuse – et qui n’est pas sans évoquer l’épreuve précoce de la violence maternelle – à la mauvaise humeur ou aux explosions de colère d’un partenaire au tempérament acariâtre.

On peut ici avancer que c’est en s’évertuant à amadouer son amant(e), que le sujet espère pouvoir modifier la personnalité de celui-ci, afin de recevoir, enfin, ce qu’il n’a jamais reçu.

D’ailleurs, on observe que ces patients – et même lorsqu’ils commencent à entrevoir que leur entreprise n’a guère de chances de réussir – persistent, et s’obstinent à vouloir dénouer, dans le réel, ce qui n’est pas advenu dans le symbolique, à savoir l’ambivalence mortifère de la relation archaïque à la mère.

Ainsi, ces sujets semblent éprouver une complaisance extraordinaire, voire une véritable attirance, à l’endroit d’individus recelant des velléités égoïstes et teintées d’agressivité latente ; et, leurs expériences relationnelles, minées par des altercations continuelles et virulentes, s’achèvent immanquablement par des ruptures déchirantes.

S’ils montrent une propension notoire à frayer avec des personnes dont le fonctionnement psychique semble obéir au mode du narcissisme primaire, les données empiriques tendent à illustrer que cette tendance inconsciente s’enracine dans la soumission à la violence maternelle archaïque.

Par ailleurs, il est frappant de constater qu’aux moments cruciaux de leur parcours, et quand un choix décisif s’impose à eux, ces sujets tendent à se tapir dans une posture apathique et passive.

Leur disposition manifeste à abdiquer, en toutes circonstances, face aux options qui s’offrent à eux, paraît procéder d’une démission systématique à l’égard de leur responsabilité subjective (ce qui se traduit par une capitulation globale devant les exigences de la vie).

Cette irrésolution devant les situations où ils sont conviés à prendre une décision relèverait alors d’une incapacité à répondre de leur place de sujet.

Ajoutons que, chez les patients ayant participé à cette recherche, ce positionnement symptomal ne présente pas de limite temporelle, d’où la nécessité incontournable d’une prise en charge psychanalytique afin de leur procurer des soins adéquats, et de faire céder leurs troubles.

On s’aperçoit que ce n’est que dans l’espace analytique que le sujet parvient à métaphoriser son vécu traumatique pour déposer du réel non intégré ; ce qui lui permet, tout à la fois, d’obtenir réparation, et d’opérer la séparation.

 

Fred Fliege © 2017   –  ISBN 979-10-93874-02-9

 

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